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Marble Island
Marble Island (Uqsuriaq ou Uqsuriarjuaq en Inuktitut) est le port d'hivernage le plus au Sud de la zone de chasse à la baleine de la Baie d'Hudson. Marble Island fait partie d'un archipel composé de trois autres îles, soit Deadman's Island, Mittilik Island et Quartzite Island. Cet archipel est situé à quarante kilomètres au large de la communauté actuelle de Rankin Inlet/Kangiq&liniq.
La configuration de Marble Island en faisait un endroit propice à l'hivernage. Ross explique qu'une petite baie accessible en contournant Deadman's Island était particulièrement prisée des capitaines:
The most popular harbour was on the southwest coast of Marble Island. There was easy access to the outer harbour behind Deadman Island, where a ship could anchor in four or five fathoms, but greater security could be found in the inner harbour, which was reached by way of a narrow entrance called the gut', less than two fathoms deep and fifty yards wide. The whalers were usually towed through the gut at high tide into an enclosed oval basin a mile long and half wide. (Ross 1975 : 47)
(Le port le plus populaire se trouvait sur la côte sud-ouest de l'île Marble. L'avant-port était facilement accessible par delà l'île Deadman et un bateau pouvait y jeter l'ancre dans sept à neuf brasses de fond. Par contre, les bateaux pouvaient profiter d'une plus grande sécurité dans l'arrière-port auquel on accédait par un chenal étroit surnommé « the gut (boyau ou intestin) » qui avait moins de quatre brasses de fond et qui avait environ cinquante brasses de largeur. À marée haute, les baleiniers se faisaient habituellement remorquer dans le chenal vers un bassin fermé de forme ovale mesurant un kilomètre de long et un demi de large. (Ross 1975 : 47))
Marble Island était un des ports d'hivernage les plus populaires de la Baie d'Hudson entre 1870-1887. Il faut ici mentionner que, bien avant l'épopée américaine et écossaise de la chasse à la baleine dans la baie d'Hudson, soit 100 ans auparavant entre 1765 et 1777, la Compagnie de la Baie d'Hudson avait tenté, sans grand succès, d'y chasser la baleine boréale.
Ce site comportait plusieurs avantages dont celui de pouvoir y hiverner à plusieurs. On dit que jusqu'à cinq ou six navires pouvaient y passer l'hiver. De plus, Marble Island devenait libre de glace tôt au printemps ce qui permettait aux baleiniers de commencer la chasse bien avant ceux qui passaient l'hiver aux ports de Depot Island, Cape Fullerton et Repulse Bay. «From 1870-1887 the harbour was used frequently, the main reason for its popularity was probably the early date at which ships could break out of the harbour ice in spring. [] earlier that those at Depot Island and Cape Fullerton and two months sooner than ships at Repulse Bay. (Dans les années 1870-1887, le port était très fréquenté, sa popularité étant principalement due au fait que la glace du port se fracassait très tôt au printemps [], plus tôt encore qu'à l'île Depot et à Cape Fullerton et deux mois avant Repulse Bay.) » (Ross 1975 : 47)
Malgré l'avantage de la fonte précoce des glaces, le site de Marble Island a été peu à peu délaissé après 1887 avant d'être totalement abandonné à partir de 1890 pour des raisons d'éloignement et de sécurité. Les baleines étaient de moins en moins nombreuses à proximité de Marble Island et les baleiniers devaient se rendre chasser plus au nord dans le détroit de Roes Welcome là où elles étaient plus nombreuses. Ce site d'hivernage était donc rendu trop loin de la ressource pour rester profitable. De plus, la sécurité alimentaire des équipages y était toujours préoccupante. Les populations inuit et les troupeaux de caribou étant passablement éloignés de l'île et les conditions de la glace étant souvent incertaines autour de l'archipel, cela rendait parfois la circulation entre la côte et l'île difficile voire impossible. Puisque les équipages comptaient beaucoup sur les Inuit pour obtenir de la viande fraîche, les hivers où l'île était difficile d'accès étaient longs et pénibles. Plusieurs marins, faute de viande fraîche, y sont d'ailleurs morts du scorbut.
Encore aujourd'hui, la présence passée des baleiniers sur Marble Island est toujours visible. Parfois, à marée basse lorsque l'eau est calme, il est possible d'apercevoir l'épave de l'Orray Taft, baleinier échoué en 1873. Plusieurs sépultures de marins, dont quatre provenant de l'équipage de l'Orray Taft, peuvent être visitées à Marble Island ainsi qu'à Deadman's Island. Finalement, des vestiges archéologiques subsistent comme par exemple les fondations de pierres d'un théâtre qui a été construit en 1864 par l'équipage de l'Orray Taft sous le commandement du capitaine George J. Parker.
En quelques mots Eber résume bien les beaux et les mauvais jours vécus sur Marble Island : « The island with its famous natural harbour had been the scene of shipwrecks, lonely funerals, starvations, possibly murder. It had also seen boisterous shipboard life, dancing on the rocks, minstrel shows, banjo concerts, and theatrical productions staged in a theatre constructed out of Arctic rocks. (L'île, connue pour son port naturel, avait été le lieu de plusieurs naufrages, d'obsèques très peu mondaines, de famines et sans doute de meurtres. Mais elle avait également témoigné de la vie exubérante à bord des bateaux, des gens dansant sur les rochers, des spectacles de chanteurs et de musiciens blancs déguisés en noirs, des concerts de banjo et des productions théâtrales à l'intérieur d'un théâtre construit avec des roches arctiques.) » (Eber 1989 : 129).
Marble Island reste un site sacré important pour les Inuit. Lorsque l'on s'y rend, on doit d'abord y ramper dès la sortie de l'embarcation. Si une personne oublie de se plier à ce rituel, d'importants malheurs peuvent lui arriver dans l'année suivant son passage sur l'île. À ce sujet, voici les propos de Sally Tatty, résidente de Rankin Inlet, tels que rapportés par Eber : « Oh yes, I used to share those feelings myself [beeing scared of the Island]! They say you must crawl ashore. If a person steps ashore without crawling, a year to the day, he dies. (Ah oui! Je partageais aussi les mêmes sentiments jadis [la peur de l'île]! On dit qu'il faut ramper jusqu'à la rive. Si quelqu'un descend à terre sans ramper, il mourra dans une année jour pour jour.) » (Eber 130)