Vous êtes ici : Accueil » L’Era
Le Era
Le baleinier Era, un bateau de type goélette (schooner), a été construit en 1847 à Boston au Massachusetts pour le compte de la Thomas Luce & Co.. Plusieurs capitaines importants ont, tour à tour, commandé le Era dans des voyages de chasse dans l'Arctique dont George Tyson un des premiers marins américains à avoir hiverné au Cumberland Sound en 1851, James Monroe Buddington, John O. Spicer et, finalement, George Comer. Après de longues années de service dans l'Arctique, le navire qui avait été racheté par F.N. Monjo, une firme de fourrures de New York, a finalement fait naufrage près de l'île de Miquelon le 27 juillet 1906 alors que Georges Comer en était le capitaine.
Le Era restera un bateau baleinier fameux dans l'histoire de l'Arctique canadien à plusieurs égards.
Immobilisé dans les glaces de la Baie d'Hudson en 1867, George Tyson put y fraterniser avec l'explorateur Charles Francis Hall qui lui avait voyagé à bord du baleinier Monticello, lui aussi immobilisé pendant l'hiver.
Plusieurs années plus tard, le capitaine John O. Spicer installa une station baleinière connue sous le nom de Spicer Harbour sur l'île Iqaqtilik tout près de Big Island à environ quatre-vingt kilomètres à l'ouest de Lake Harbour, maintenant Kimmirut (Spicer nommait la station Akuliak en inuktitut dans son journal de bord). Cette station a servi à de nombreux baleiniers entre 1877 et 1890, mais particulièrement aux navires Era et Nile. En 1879, Spicer y transporta deux équipages de bateaux de chasse à la baleine du Cumberland Sound qu'il laissa à la station tout l'hiver pour profiter de la chasse de printemps à la limite des glaces. John Bull, connu aussi sous le nom de Johnnybo Chimoakjo, Shi-mer-ar-chu, ou The Mate était natif de l'île et avait la responsabilité de la station. Le printemps venu, les chasseurs tuèrent trois baleines. Le capitaine Spicer et l'Era ne se pointèrent à Iqaqtilik qu'à la fin août. Spicer se rendit alors compte que Johnnybo avait été berné par les capitaines du Abbie Bradford et du George and Mary, deux baleiniers compétiteurs de du port de New Bedford. Ceux-ci lui avaient raconté que le Era était déjà retourné à New London et donc ne viendrait pas ramasser les trois baleines. À contrecur, Johnnybo leur laissa charger les carcasses. Un procès s'en suivit à New Bedford où Johnnybo témoigna à la demande du capitaine Spicer. Son témoignage fut jugé crédible et Spicer eut finalement gain de cause.
Le Era fut certainement rendu célèbre par le capitaine George Comer. Celui-ci y fit d'abord ses classes comme officier sous la commande du capitaine Spicer. C'est sur le Nile et l'Era que Comer se familiarisa avec le détroit et la baie d'Hudson. Quelques années plus tard, à Fullerton dans la baie d'Hudson, le Era devint un vrai laboratoire de recherche pour Comer qui en était devenu le capitaine. En plus de faire la chasse à la baleine et de traiter avec les Inuit, Comer profitait des longs mois d'hiver pour s'intéresser aux murs et coutumes de ses amis Inuit et en particulier s'initier à la photographie. Tout comme le capitaine écossais James Mutch, George Comer travaillait étroitement avec l'anthropologue Franz Boas du Musée d'histoire naturelle de New-York sur l'ethnographie des Inuit.
Le Era commandé par George Comer fait aussi partie de l'histoire du Canada en tant que premier baleinier américain ayant dû payé des frais de douane au gouvernement canadien quand le Major J.D. Moodie de la Police montée du Nord-Ouest à bord du vapeur Neptune lui en intima l'ordre à Fullerton en 1903-1904. Moodie faisait partie de l'expédition géologique canadienne commandée par Albert Peter Low. Curieusement la femme du commandant Moodie, Geraldine Moodie, ainsi que Albert P. Lowe, s'initièrent à la photographie ethnographique des Inuit auprès de George Comer durant les longs mois d'hiver passés dans le voisinage du Era.
Comer laissa une collection de photos impressionnantes prises à bord du Era qui nous font mieux connaître les personnages qui ont été très importants pour lui et tout particulièrement Niviatsinaq, qu'il avait surnommée Shoofly et Ippaktuq Tasseok (ou Teseuke) que les baleiniers américains avaient surnommé Harry.
Ces photographies dépeignent les péripéties de la chasse à la baleine, et les étapes du dépeçage qui s'en suivaient. Les photos nous montrent aussi des scènes de la vie sociale et des réjouissances qui avaient lieu à bord du bateau ou dans les illuit (igloos) des Inuit.
