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Andrews
L'Andrews était un trois-mâts américain mouillant au riche port baleinier de New Bedford, dans le Massachusetts. Ce navire accomplit trois voyages de pêche baleinière dans l'Arctique au cours des années 1860. Il fit naufrage en 1867, pendant la prise des glaces dans la baie de Cumberland.
Les naufrages étaient monnaie courante dans la baie : il y en eut au moins huit entre 1859 et 1870. Celui de l'Andrews se distingue uniquement par le fait que les archives américaines ont conservé les journaux de tous ses voyages. Certains sont d'ailleurs superbement illustrés.
En novembre 1867, l'Andrews mouillait au large de Harrison's Point, près de Naujaqtalik, pour la deuxième année consécutive. Une tempête trimbala de larges plaques de glace vers l'intérieur de la baie, poussant le navire contre des rochers. La coque se fendit, rendant le bateau inutilisable, mais la glace n'était pas assez épaisse pour permettre à l'équipage de se déplacer. On demeura donc à bord pendant onze jours, attendant que la mer gèle, même si l'eau envahissait la cabine principale à chaque marée haute. Tous furent mouillés et plusieurs n'avaient même pas de quoi se changer, puisqu'on avait évacué les bagages sous le niveau de la marée haute, par mégarde. Le 26 novembre, les Inuit des campements environnants purent mener leurs traîneaux à chiens sur la glace. Ils transportèrent l'équipage à Umanaqjuaq (Blacklead Island), accueillant temporairement les hommes dans leurs propres demeures.
Plus tard, l'équipage emménagea dans deux petites maisons mal isolées où ils passèrent l'hiver. Avec le bois du bateau, les marins se construisirent des couchettes et un bâtiment-cuisine. Aucun membre d'équipage ne mourut. Dans la baie de Cumberland, rares étaient les naufragés qui mouraient. D'ailleurs, ceux-ci trouvaient toujours le moyen de retourner gratuitement à la maison l'été suivant, sur un autre vaisseau. Un navire de chasse à la baleine n'était certainement pas l'endroit le plus sécuritaire pendant la prise des glaces, mais les communautés inuit et qallunaat s'assuraient que les naufrages ne se soldent pas par des décès ou de la famine.
Par contre, pour tous les gens à bord, un naufrage signifiait une grande perte financière. L'Andrews était peut-être assuré, mais les hommes touchaient uniquement une part des profits de l'expédition. Sans bateau pour transporter la graisse et les fanons vers les marchés du sud, personne ne pourrait s'enrichir; certains reviendraient même avec des dettes. Le capitaine de l'Andrews fit de son mieux pour alléger le sort de son équipage : il récupéra et vendit la plupart des pièces de l'épave. Il fit même porter par traîneau de la sciure de bois aux maisons, probablement pour servir d'allumage dans les poêles. Puis il vendit ce qui restait de l'épave à un autre navire américain, le Milwood, pour 50 $. Bien que le journal de bord n'en fasse pas mention, il est fort probable qu'il échangeât aussi des pièces du bateau aux Inuit contre de la viande fraîche, des fourrures et des vêtements d'hiver. Et s'il resta quoi que ce soit de l'épave qui ne fut pas réclamé, les Inuit en récupérèrent certainement tout ce qu'ils pouvaient utiliser (bois, clous, etc.).