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Kekerten
que les Qallunaat connaissent aussi sous les noms Kikkerton, Kikertyne, Kikartine et autres déformations du mot inuktitut qikiqtaq, qui signifie « île »
Kekerten désigne à la fois un havre et une île à l'embouchure du fjord de Kingnaite. Elle appartient à un archipel que les baleiniers appelaient souvent « les Kekertens » et qu'on désigne aujourd'hui par « îles Kikistan » sur les cartes. Kekerten comptait parmi les sites baleiniers les plus achalandés, pendant toute l'époque de l'hivernage.
En 1857, le capitaine écossais William Penny fit construire maison sur l'île de Kekerten. Peu après, des baleiniers américains y érigeaient une station. Les premiers bateaux à y venir transportaient des équipages complets de baleiniers qallunaat, mais les capitaines comprirent rapidement que les Inuit de la région maîtrisaient l'art de la chasse à la baleine. Ils en embauchèrent. Dès le début des années 1860, Kekerten comptait 18 équipages de baleiniers inuit. Vers la fin de l'ère baleinière, le personnel des stations de Kekerten se limitait souvent à deux Qallunaat : un administrateur et un tonnelier qui fabriquait les tonneaux pour transporter l'huile de baleine. À partir des années 1870, la main-d'oeuvre provenait essentiellement des Inuit.
La plupart des Inuit habitaient Kekerten à l'année, quittant l'endroit à l'été seulement, pour la chasse au caribou. Des générations complètes d'enfants ont grandi sur l'île. Aujourd'hui, on y trouve encore des vestiges de cabanes d'enfants. Selon Etooangat Aksayuk, la station américaine abrita une école. Katsoo Evic se souvenait avoir joué avec des figurines de porcelaine que des baleiniers avaient remises à sa mère Aasivak.
Les Américains vendirent leur station de Kekerten aux Écossais en 1894. L'ancien dortoir servit par la suite d'église, de salle de danse et d'entrepôt de peaux de phoques. Les dernières années de l'ère baleinière furent généralement difficiles, famine et maladie frappant fréquemment l'île, souvent simultanément. La population de phoques déclina, probablement dû à la surchasse. De plus, Kekerten n'avait jamais été un terrain de chasse giboyeux. Les vents y étaient souvent puissants et, en période de gel et de dégel, la chasse n'était pas facile sur une si petite île. Etooangat Aksayuk se souvenait que, dans son enfance à Kekerten au début du 20e siècle, les gens avaient faim autour de la prise de la glace, sauf un automne où on avait tué une baleine.
L'activité baleinière se concentrait au printemps, à la lisière des glaces. Au début de la saison, les hommes de Kekerten et d'Umanaqjuaq passaient une journée ensemble, au milieu de la baie de Cumberland, à lutter et à jouer à divers jeux. Ils demeuraient sur la banquise de mai à juillet. Pendant leur absence du campement, la plupart des femmes chassaient le phoque et transformaient les peaux en tentes pour l'été. Les hommes envoyaient aussi de la viande de phoque au campement par qamutiit. Chaque homme attachait une ficelle au lot de viande destiné à sa famille en utilisant une séquence de noeuds spécifique, afin de faciliter la distribution au campement. (1)
En 1909, vers la fin de la période baleinière, environ 150 Inuit habitaient Kekerten. Au fil des années suivantes, de nombreuses familles s'éparpillèrent autour de la baie de Cumberland et au-delà, vers d'autres campements comme Usualuk, Idlungajung, Saunaqtuarjuq et Padli. En 1923, la Compagnie de la Baie d'Hudson fit l'acquisition de la station. Deux ans plus tard, les Inuit avaient déserté l'île. Par la suite, Kekerten a sporadiquement servi de petit campement, jusqu'à l'été 1998, lorsque des dizaines d'Inuit de la baie de Cumberland y ont campé à nouveau. Ils y ont tué une baleine qu'ils ont ramenée au port de Kekerten, où plusieurs personnes ont goûté au maktaaq de baleine boréale pour la première fois.
(1) Daisy Dialla et Enoosee Nashalik m'ont tous deux raconté cette histoire à l'été 2008. (Note et texte de Karen Routledge)




