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Capitaine John Orin Spicer
John Orin Spicer de Groton, au Connecticut, est un personnage légendaire de l'ère baleinière dans l'Arctique de l'est. Il avait adopté les coutumes inuit, au point où il était aussi naturel pour lui de se déplacer en traîneau à chiens dans la toundra ou de boire une tasse de sang de phoque frais sur la banquise que de planter un harpon dans une baleine boréale. Une fois, il s'est fracturé le nez et a failli se noyer lorsqu'un cachalot s'est attaqué à son bateau deux fois plutôt qu'une. À une autre occasion, il a risqué sa vie pour défendre celle de son aide inuit Amiko contre quarante hommes inuit, alors qu'il était armé seulement d'un cabillot d'amarrage. Néanmoins, Spicer est surtout connu pour avoir emmené Johnnibo, Kimilu et Kudlarjuk à New London, afin que Johnnibo témoigne dans un procès concernant le vol de trois baleines.
Soulignons aussi le côté beaucoup moins héroïque de sa personnalité. On sait qu'en 1881, Spicer a navigué jusque dans l'Arctique à bord de la goélette Era, dont presque tout l'équipage avait été embarqué de force à New York. Seuls deux officiers et deux harponneurs s'étaient embarqués volontairement. (Colby, 1990, p. 156)
Pour son premier voyage dans l'Arctique, en 1857, Spicer a eu un excellent professeur : le capitaine Christopher B. Chapel, l'un des premiers baleiniers américains à avoir hiverné dans la baie Cumberland. Le McLellan y avait laissé ce dernier en 1851, ainsi que George Tyson et Sidney O. Budington, entre autres. Cette expédition changea à jamais les techniques de chasse à la baleine. Chapel a dû apprendre à survivre à l'hiver et, pour ce faire, il a adopté certaines coutumes inuit : le port de fourrures, l'alimentation locale et la conduite de traîneaux à chiens. Dès lors, les talents en survie arctique des Inuit sont devenus un facteur essentiel au succès des baleiniers d'Écosse et de Nouvelle-Angleterre.
L'ambitieux Spicer a capturé neuf des douze baleines chassées lors de ce premier voyage. En 1863, en pleine guerre civile américaine, il a décroché le grade de capitaine et est revenu dans l'Arctique, à la tête de l'Actor. À son arrivée à la côte du Labrador, près du détroit de Belle-Isle, l'Actor a rencontré deux chaloupes (Colby, 1990, p. 145); à bord de l'une d'elles se trouvait Christopher Chapel, l'ancien capitaine de Spicer. L'équipage de ce dernier avait abandonné le George Henry après qu'il se soit fracassé sur des rochers, dans le détroit d'Hudson.
Plus tard, la compagnie C.A. Williams & Co. de New London a mis le capitaine Spicer à la tête d'une flottille de trois baleiniers : le Nile, l'Era et le Roswell King. En 1880, Spicer a érigé une station baleinière baptisée Akuliak sur une île du détroit d'Hudson que les Inuit appelaient Iqaqtilik, un peu à l'est du site actuel de Kimmirut (anciennement Lake Harbour). Le Roswell King, posté près d'Akuliak (où les Inuit séjournaient une partie de l'année) servait de poste de traite flottant. C'est là que la famille Alainga est venue en aide à Spicer et aux Américains (1). Les baleiniers américains vivaient alors à bord toute l'année; le Nile et l'Era le réapprovisionnaient et le délestaient de son cargo (graisse, fanons et fourrures) qu'ils ramenaient à New London.
À son tour, John O. Spicer a servi de mentor à un jeune marin en voie de devenir un célèbre baleiniers dans l'est de l'Arctique. En 1875, George Comer, alors âgé de 17 ans, a navigué dans l'Arctique pour la première fois, à bord du Nile de New London, sous le commandement du capitaine Spicer. Il a fait trois autres voyages comme officier de Spicer, entre 1889 et 1892, cette fois à bord de l'Era, navire dont on lui confierait le commandement à partir de 1895. George Comer a connu une carrière fascinante et bâti des liens durables avec les Inuit. Il a été le dernier baleinier américain important à chasser dans l'Arctique de l'est.
Ces voyages en compagnie de Comer ont été les dernières expéditions de John Orin Spicer. Le capitaine s'est retiré sur sa ferme du Connecticut en 1892. Il y est mort en 1917.
(1) Eber, 1989, pp. 43-68
