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Ipiirvik et Taqulittuq

que les Qallunaat connaissent sous les noms Esquimau Joe, Ebierbing, Epiopee, etc., et Tookoolito, Hannah, Tackritow, etc.

Ipiirvik et Taqulittuq, un couple du sud de l'île de Baffin, firent plusieurs longs voyages en compagnie de baleiniers et d'explorateurs Qallunaat entre les années 1850 et 1870. Taqulittuq naquit à Cape Searle, au nord de la baie de De Cumberland, vers 1838. Elle était plus jeune que son mari Ipiirvik. Celui-ci avait pour père Oo-yung et pour mère Noo-ker-pier-ung de Newton's Fiord, dans la baie de Frobisher.

La première rencontre chroniquée entre Ipiirvik, Taqulittuq et des baleiniers qallunaat eut lieu à l'automne 1851, à Qimmiqsut (île de Nimigen), dans la baie de Cumberland. En 1853, ils se rendirent en Angleterre à bord de la goélette Bee. Ils y rencontrèrent la reine Victoria, puis revinrent deux ans plus tard. À son retour, Taqulittuq buvait du thé, tricotait, cousait des vêtements en fourrure à la mode des Qallunaat et parlait bien l'anglais. Elle servit souvent d'interprète.

En 1860, l'explorateur américain Charles Francis Hall rencontra Ipiirvik et Taqulittuq dans la baie de Cyrus Field. Les talents de chasseur et de navigateur de Joe l'impressionnèrent fortement, ainsi que la générosité, la grâce, la modestie et la « calme puissance intellectuelle » de Taqulittuq. Le couple lui fut d'une utilité inestimable pendant l'expédition et l'accompagna à son retour aux États-Unis en 1862. Leur garçonnet Tarralikitaq était aussi du voyage. La famille participa aux conférences de financement de Hall, mais bientôt les trois Inuit tombèrent malades. Tarralikitaq mourut d'une pneumonie à New York, en février 1863. Taqulittuq pleura son fils pendant de nombreuses années, dans sa correspondance à son amie américaine Sarah Buddington. (1)

Le couple revint dans l'Arctique avec Hall en 1864, cette fois dans la région de Naujaat et les péninsules de Melville et de Boothia. L'expédition s'étendit sur cinq ans. Ipiirvik et Taqulittuq perdirent un autre bébé, puis adoptèrent une petite fille qu'ils baptisèrent simplement Panik, ce qui signifie « fille ». Ils étaient de retour aux États-Unis en 1869, avec Panik.

Hall réengagea bientôt la famille pour une expédition américaine au pôle Nord. Malheureusement, l'équipe ne s'approcha jamais du pôle. Hall mourut, le navire prit l'eau et dix-neuf membres de l'expédition (dont Ipiirvik, Taqulittuq et Panik) se retrouvèrent naufragés sur une banquise pendant plus de six mois. Un bateau de chasse au phoque les prit enfin à bord, au large du Labrador, à près de 3 000 kilomètres de leur point de départ. Les dix-neuf rescapés survécurent, surtout grâce aux talents de chasseur d'Ipiirvik et de Hans Hendrik, un Inuit du Groenland. Les Inuit auraient pu abandonner le groupe de Qallunaat qui les traitait injustement. S'ils sont restés, c'est qu'Ipiirvik ne souhaitait pas leur mort et qu'il avait promis à Hall de chasser pour l'expédition.

En 1873, Taqulittuq et Ipiirvik s'installèrent à nouveau aux États-Unis, où ils s'efforcèrent d'apprendre les coutumes qallunaat et de se tailler une place dans leur pays d'adoption. Taqulittuq fréquenta l'église et apprit à lire. Elle aimait beaucoup le pain d'épices. Le couple amena sa fille au cirque et l'inscrivit à l'école, en insistant pour qu'elle y soit assidue. Ipiirvik apprit à patiner. Taqulittuq acquit une machine à coudre, avec laquelle elle fit des vêtements qu'elle vendit. Ipiirvik fit des courses, de la menuiserie et du travail de ferme.

Taqulittuq et Ipiirvik n'abandonnèrent pas leur culture inuit. Un de leurs voisins a mentionné que Taqulittuq cousait des vêtements en fourrure de phoque pour les enfants blancs qu'elle aimait, alors qu'Ipiirvik leur sculptait des jouets, dont de petits animaux en ivoire. Ipiirvik parlait souvent des habitations arctiques; un hiver, il construisit un illu (igloo) à l'extérieur de leur maison américaine, en utilisant un morceau de glace d'étang pour faire une fenêtre. La famille y passa la nuit. Ipiirvik se lamentait qu'il n'avait plus l'occasion d'exercer ses talents inuit. Il écrivit qu'il souhaitait retourner dans l'Arctique, parce qu'il n'y avait « rien à faire » en Amérique : « J'ai besoin d'occupations. Dans mon pays, je chasse tout le temps. Je n'aime pas paresser. » (2)

Panik tomba malade en 1875 et mourut aux États-Unis. L'année suivante, Ipiirvik s'embarqua avec une expédition en quête du passage du Nord-Ouest. En son absence, Taqulittuq succomba à la tuberculose. Apprenant la nouvelle à son retour, Ipiirvik quitta le pays pour de bon. Son sentiment d'appartenance était intrinsèquement lié à la présence de sa famille. Il se remaria, puis mourut à la baie d'Hudson en 1881.

(1) Hall, Arctic Researches, p. 158-159.

(2) Joe Ebierbing à Henry L. Brevoort, Esq, 20 juin 1870. Charles Francis Hall Collection, archives du Smithsonian National Museum of American History.