Vous êtes ici : Accueil » Inulluapik
Inulluapik
que les Qallunaat connaissent sous les noms Eenoolooapik et Bobbie
Inulluapik naquit à Qimmiqsut (île Nimigen) à la baie de Cumberland, vers 1820. Alors qu'il était garçon, sa famille quitta la baie dans un umiaq pour finir par se rendre à Qikiqtagujjuk (île Durban), pour commercer avec les baleiniers écossais, qui ne connaissaient pas encore l'emplacement de la baie de Cumberland. En 1839, Inulluapik dessina une carte détaillée de la baie pour le capitaine William Penny, avec qui il accepta de se rendre en Écosse.
Inulluapik fit des adieux émouvants à sa famille, puis s'embarqua pour Aberdeen, où il fit sensation. Tout juste après son arrivée, il assistait à une réception mondaine. Ses hôtes avaient intentionnellement organisé la soirée avant qu'Inulluapik ait pu s'initier aux coutumes britanniques, dans le but de s'amuser de ses manières de table. Inulluapik les prit par surprise : il observa les autres convives, puis les imita à la perfection, au point où nul n'eut crû qu'il s'agissait de son premier repas à une table britannique.
Pendant son séjour en Écosse, Inulluapik apprit l'alphabet romain. On lui fit aussi cadeau d'un fusil, qu'il apprit à manier. Il s'intéressait à tout, mais demeurait d'une grande politesse, même si certaines des choses qu'il vit lui semblèrent certainement très étranges. Il aima la campagne et ses arbres, tout en s'étonnant qu'on puisse vivre si loin des ressources vitales de la mer. Devant son premier poney et sa première vache, il crut qu'il s'agissait de sortes de caribou et demanda s'il pouvait les chasser. Apprenant que les qallunaat ne chassaient pas ces animaux, il conclut qu'il devait s'agir de chiens qallunaat.
Ce voyage en Écosse ne fut pas de tout repos. Inulluapik se mit à tousser fortement presque à son arrivée (probablement de tuberculose) et dut garder le lit pendant des mois. Lorsqu'on lui demandait s'il retournerait en Écosse un jour, il répondait par la négative, parce qu'il y avait trouvé « trop de toux ».
Le 1er avril 1840, Inulluapik montait à bord du navire de William Penny pour le retour au Détroit de Davis. Il ramenait dans ses valises vêtements, ustensiles de cuisine, fusils et munitions pour ses compatriotes, ainsi qu'une tasse et une soucoupe en porcelaine pour sa mère Nugunik. Sur le chemin du retour, il rencontra pour la première fois des Inuit du Groenland. Puis, il navigua avec le capitaine Penny jusqu'à la baie de Cumberland, qu'il nommait Tinujjiarvik. Sa mère, ayant eu vent de son arrivée, venait à ses devants. Les premières histoires que raconta Inulluapik à ses parents de Qimmiqsut ne portèrent pas sur l'Écosse, mais bien sur les Inuit du Groenland et leur langue. Il était aussi impatient de faire une démonstration de tir au fusil. En quelques jours, il prit épouse, Amitak, et partit à la chasse au caribou. Le couple eut un fils du nom d'Angaluk.
Grâce à la carte et aux indications d'Inulluapik, la baie de Cumberland devint l'une des bases baleinières les plus prospères du 19e siècle. Inulluapik travailla souvent pour des capitaines de baleinières, mais il ne retourna jamais à l'étranger. La tuberculose contractée probablement en Écosse ne le quitta pas; il en mourut à l'été 1847. Il avait moins de 30 ans.
Une biographie de Inulluapik
NOTE : Alexander M'Donald, A Narrative of some passages in the history of Eenoolooapik, a young Esquimaux p. 21 et 41.