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La station baleinière d'Akuliak
Les navires européens s'aventuraient dans le détroit d'Hudson depuis plus de 300 ans. La circulation maritime à cet endroit remonte à 1610, date à laquelle Henry Hudson est devenu le premier Européen à explorer la région, à bord du Discovery. Il recherchait le passage du Nord-Ouest. Après s'être mutiné, son équipage l'a abandonné sur un bateau. Il n'est jamais retourné en Angleterre. Le deuxième navire européen à visiter ces eaux était probablement un autre vaisseau britannique, le Nonsuch, qui souhaitait atteindre la baie James pour traiter directement avec les trappeurs indigènes, sans emprunter le fleuve Saint-Laurent que contrôlaient les Français. Après l'enregistrement, en 1670, de la Company of Adventurers of England Trading into Hudson's Bay, on vit chaque année des bateaux de la Compagnie de la Baie d'Hudson sillonner le détroit d'Hudson.
Étant donné l'englacement du détroit, la navigation longeait la côte nord de l'île de Baffin :
Le resserrement de la partie centrale du détroit et les vents contraires forçaient fréquemment les vaisseaux arrivants à s'immobiliser en groupe serré, près de Middle Savage Island, Upper Savage Island et Big Island. Par conséquent, c'est là que les rencontres avec les Esquimaux [sic] étaient les plus probables. Si un vaisseau était retenu un certain temps à portée des Esquimaux de la côte, on pouvait s'attendre à des visites et du commerce. (1)
Ainsi, l'endroit où les navires européens ont sans doute le plus pris contact et commercé avec les Inuit se trouvait autour de l'actuel Kimmirut (anciennement Lake Harbour). En 1877, les Inuit informèrent le capitaine John O. Spicer qu'il y avait beaucoup de baleines dans la région, le décidant à hiverner près d'une île que les Inuit appelaient Iqaqtilik. Dans ses journaux de bord, Spicer désigne l'endroit sous le nom d'Akuliak, nom qui désignait la pointe occidentale de l'île.
Selon feu Kowjakuluk de Kimmirut, interviewé par Dorothy H. Eber, on trouvait beaucoup de baleines autour d'Akuliak. Des navires partis de divers ports passaient l'hiver là pour pêcher la baleine au début du printemps. L'endroit est devenu très animé. Quelques familles inuit se mêlaient aux baleiniers pour le travail ou les festivités. Elles habitaient alors dans un campement saisonnier. (2)
En 1880, la compagnie C.A. Williams & Co. a bâti une station baleinière à Akuliak et y a posté des employés à l'année. Plusieurs Inuit des deux côtes du détroit ont alors migré vers cet endroit pour commercer ou travailler comme membre d'équipage. On a vraisemblablement abandonné cette station au début des années 1890.
De toutes les anecdotes concernant les stations d'Akuliak, la plus célèbre est sûrement l'histoire des baleines volées. À la mi-juillet 1879, John O. Spicer se rendit à la baie Cumberland à bord de l'Era. Là, il embaucha un chasseur inuk connu sous le nom de Johnnibo, ainsi que ses compagnons baleiniers. Ensemble, ils mirent le cap sur Akuliak, lieu de naissance de Johnnibo. C'est là, à la nouvelle station de Spicer, que Johnnibo et les siens captureraient des baleines pour la compagnie américaine.
Ils chassèrent trois baleines au printemps de 1880. Le capitaine Spicer vint les rejoindre tardivement, le 25 août, après que la glace l'eut retenu au bassin de Fox tout l'été. Peu après son arrivée, il apprit que deux navires de New Bedford s'étaient arrêtés à Akuliak et lui avaient volé ses précieuses prises. Les capitaines de l'Abbie Bradford et du George and Mary de New Bedford avaient réussi à convaincre Johnnibo et son équipage que l'Era ne reviendrait pas cette saison-là.
Lorsque Spicer revint à New London à l'automne 1880, les armateurs de l'Era, la compagnie C.A. Williams & Co., poursuivit les armateurs des deux autres navires. L'année suivante, le capitaine emmena Johnnibo, sa femme Kimilu et leur fillette Kudlarjuk à New London pour qu'ils témoignent au procès. Celui-ci fut instruit en 1882 et le juge accepta l'interprétation des faits présentée par Spicer et C.A. Williams & Co., surtout grâce au témoignage de Johnnibo, qui fut bien reçu par la cour et les journalistes. L'Inuk et sa famille revinrent ensuite au Nord. Johnnibo fut assassiné par une bande d'Inuit en 1889; le motif du meurtre demeure incertain. (3)
(1) Ross, 1975, p. 25; traduction hors contexte
(2) Eber, 1989, p. 61-67
(3) Eber, 1898, p. 56